La filière bois française emploie près de 500 000 personnes. Depuis deux ans, le mot « intelligence artificielle » la traverse avec les mêmes effets que partout ailleurs : fascination mêlée d’inquiétude, usages pionniers dans quelques entreprises, et majorité des acteurs dans l’expectative. Le rapport sénatorial « Une filière qui sort du bois » (juillet 2025) évalue à 8,5 milliards d’euros le déficit commercial français sur les produits bois — un dixième du déficit total — alors que la forêt couvre un tiers du territoire[1]. La modernisation n’est pas une option : c’est une nécessité compétitive.
Depuis le travail fondateur d’Eloundou et al. (2023)[2], nous disposons d’un score β mesurant la probabilité qu’un LLM puisse réaliser une tâche professionnelle deux fois plus vite. Selon ce critère, environ 80 % des travailleurs verraient au moins 10 % de leurs tâches affectées. Chiffre souvent cité hors contexte — car il ne mesure que ce que l’IA pourrait faire, pas ce qu’elle fait.
L’étude économique d’Anthropic (mars 2026)[3] franchit un pas décisif en croisant données d’utilisation réelle de Claude avec la base O*NET. Résultat : l’adoption observée est en moyenne 3,5 fois inférieure à la capacité théorique. Barrières légales, résistances organisationnelles, manque de formation, spécificités métier : la technologie est prête, les organisations ne le sont pas encore. Ce constat est particulièrement aigu dans une filière constituée à 95 % de TPE-PME.